Séance d’audition collective : « Le prix actuel du pain aurait dû être plus élevé, si les émeutes de 1984 n’auraient pas eu lieu », selon une victime de ces événements

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Une vingtaine de victimes des émeutes du pain se sont livrées ce jeudi sur ces événements lors d’une séance d’audition collective organisée au siège de l’Instance ” Vérité et Dignité “.

Encore tourmentées par les démons de ces événements, ces victimes souffrent jusqu’à aujourd’hui des séquelles de leur emprisonnement ou encore sont affligées par la mort d’un proche au cours de ces émeutes.

Les familles des victimes n’ont pas réussi jusque-là à oublier ce passé trouble. Ils ne savent pas où sont enterrés leurs enfants. Aujourd’hui, elles ne demandent que de voir leurs bourreaux s’excuser et demander pardon.

Emprisonné à l’âge de 15 ans, Abdessatar Maaroufi de Jendouba était la plus jeune des personnes arrêtées lors de la campagne d’arrestation qui a touché des centaines de Tunisiens après les émeutes.

Placé en libération conditionnelle 2 ans après son incarcération, Abdessatar a dit avoir subi toutes les formes de torture dans la prison.

Privé de visites familiales alors qu’il était dans la prison, Abdessattar raconte avoir été empêché, comme plusieurs autres victimes, de rejoindre l’école et de travailler après sa libération.

Quant à Latifa Hamadi, épouse de Habib Ben Brahim, elle a rappelé que son mari a été blessé par les forces de l’ordre devant son domicile avant de trouver la mort après 4 ans faute de traitement médical.

” Ma vie aurait du été différente, si je n’avais pas fait la prison “, s’est lamenté Moncef Laâjimi, condamné en 1984 à 17 ans de prison.

Torturé, brûlé mais aussi empêché de travailler, Moncef n’a aujourd’hui de revendication que d’aider sa famille de 5 membres à trouver du travail. ” Je n’ai pas de revendications, j’ai juste de l’espoir “, a-t-il lancé les yeux en larmes.

” Je pardonne tous ceux qui m’ont fait du mal. J’attends juste qu’il demande pardon ” a-t-il dit en allusion à ses tortionnaires.

Saber Ben Rchida de Jebiniana raconte avoir assisté à l’assassinat de son frère, alors qu’il n’avait que 12 ans.

A ce propos, il a réclamé d’ouvrir une enquête sur les circonstances d’assassinat de son frère ainé et de baptiser une salle de son ancienne école en son nom.

Mohamed Bouzayène a dit qu’il souffre jusqu’à ce jour de bégaiement à cause des actes de torture qu’il avait subis. Selon lui, ” les émeutes du pain ont préparé la Révolution du 14 janvier 2011 “. ” Le prix actuel du pain aurait dû être beaucoup plus cher si les émeutes de 1984 n’auraient pas eu lieu “, a-t-il lancé.

Tout comme les autres victimes auditionnées, Bouzayène a exhorté l’Instance Vérité et Dignité à révéler toute la vérité sur ces événements et à mettre fin à l’injustice qu’ils subissent jusqu’aujourd’hui.

” Nous sommes prêts à pardonner, mais nous réclamons réhabilitation “, a-t-il lancé.

Survenues entre le 27 décembre 1983 et le 6 janvier 1984, les émeutes du pain ont éclaté en réaction à l’annonce par le gouvernement de l’augmentation du prix du pain et des produits céréaliers, à la suite d’une demande du Fonds monétaire international de stabiliser l’économie nationale.

Malgré la proclamation dès le premier janvier 1984 de l’état d’urgence et le couvre-feu, les émeutes se sont poursuivies pendant trois jours. Le 6 janvier, le président Habib Bourguiba avait annoncé l’annulation de toutes les augmentations.

Le gouvernement a reconnu 89 morts et 938 blessés. La Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) a, cependant, annoncé la mort de 123 personnes et plus de 1500 blessés sans compter ceux qui ont été enterrés secrètement par crainte de poursuite policière.

Selon la LTDH, Les émeutes ont fait 1500 victimes, dont seulement un petit nombre de personnes a été hospitalisé.

Selon l’IVD, 1230 dossiers relatifs aux émeutes ont été confiés à l’IVD dont 85 pour meurtre, 213 pour agressions physique, durant ou à l’occasion des émeutes, et 932 pour arrestation injustifiée, torture et emprisonnement.

TAP